Ewig (Sütterlin)

Enseigne au néon, 2012

31 X 70 X 5 cm

Ce mot allemand signifiant éternel est écrit ici en Sütterlin, écriture cursive utilisée en Prusse à partir de 1915, puis dans toute l’Allemagne de 1935 à 1941.     /

In German, this word means eternal. Here, it is written in Sütterlin, a cursive script used in Prussia since 1915 and throughout Germany from 1935 to 1941.

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Ewig (traductions)

Peinture à tableau et craie, 2012

En prenant le mot allemand ewig (éternel) comme point de départ, chacune des traductions allemandes proposées dans un dictionnaire bilingue ont été inscrites. Pour chacun de ces termes, toutes les traductions françaises ont ensuite été inscrite. Cet aller-retour — en principe infini — a été maintes fois répété.     /

Starting with the German word ewig (eternal), every German translation that appears in a bilingual dictionary was written down. Then, every French translations for each of these German words were also written, etc. 

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Semprún, Jorge, Quel beau dimanche, Éditions Grasset et Fasquelle, 1980, p. 95. Police : Futura

Impression letterpress, série de 11, 2012

43 X 32,5 cm

Récit autobiographique traitant de l’incarcération de l’auteur au camp de concentration de Buchenwald. Dans ce livre, il est question, entre autres, du chêne de Goethe, arbre épargné lors du déboisement précédant la construction du camp. La légende veut que Goethe aimait se reposer sous cet arbre lors de ses promenades sur l’Ettersberg. Il y aurait inscrit ses initiales.     /

Autobiography depicting the author’s incarceration in the Buchenwald concentration camp. This book speaks about Goethe’ oak, among others subjects, a tree that was saved when they cleared the forest to build the camp. Legend says that Goethe liked to sit under this tree during his walks on the Ettersberg. He would have engraved his initials on its trunk.

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7  (les mots les plus terribles du national-socialisme)

Série de sept dessins au graphite, 2011

76,5 x 56 cm chacun

Sept mots tirés du vocabulaire national-socialiste et écrits en police Fraktur. Chacune des lettres de chaque mot ont été superposées et la forme résultante a ensuite été dessinée.   /

Seven words taken from the National Socialism’s vocabulary and written in Fraktur typeface. Every letters of each word have been superimposed and the resulting shape has been drawn.

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Der Kleine Duden, 1934

Moulage en plomb et table peinte, 2012

Dictionnaire publié une année après la prise de pouvoir des nationaux-socialistes. Le début de l’ouvrage comprend une section spéciale concernant le vocabulaire du parti.     /

Dictionary published one year after the takeover of the National Socialists. At the beginning of the book, there is a special section about the vocabulary of the party.

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Extraits de LTI, français-allemand

Dessins au graphite, 2011-2012

76,5 x 56 cm chacun

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Extrait de la pièce de théâtre Uriyel Acosta, cité par Victor Klemperer dans LTI, La langue du IIIe Reich. Elle est écrite en français sans espacements, puis en allemand en police Tannenberg (une Fraktur développée vers 1934 par Erich Meyer et souvent utilisée dans les posters de propagande).   /

Excerpt from the theatre play Uriyel Acosta and quoted by Victor Klemperer in his book LTI, the language of the third Reich. It is written in French without spacing and in German in Tannenberg typeface (a Fraktur designed by Erich Meyer around 1934. It has been used a lot on propaganda posters).

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Wandrers Nachtlied 1776 & 1789

Ciment à joint sur mur, 2012

D’après un poème de Goethe écrit en 1776 sur L’Ettersberg, le mont près de Weimar où fut construit le camp de concentration de Buchenwald. Il modifia certains mots (dans la partie de gauche : Alle Freud – Die Qual) pour la publication du poème en 1789.

Traductions :

Alle Freud : toute joie / Die Qual : le tourment / Alles Leid : tout le chagrin / Der Schmerz : la douleur   /

From a poem by Goethe written in 1776 on the Ettersberg, the mount near Weimar, where the concentration camp Buchenwald was built. He changed some words (in the left part: Alle Freud – Die Qual) for the publication of the poem in 1789.

Translation:

Alle Freud : all joy / Die Qual : the torment / Alles Leid : all the grief / Der Schmerz : the pain

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Tous les mots nécessaires

Blocs de graphite gravés, 2012

2 x 10 x 2 cm chacun

Liste de mots tirés du livre Quel beau dimanche de Jorge Semprún.

Ces mots ont parfois plusieurs sens, dont certains ont pu changé depuis les années quarante. Voici les sens les plus liés au contexte de l’exposition.

Arbeit : travail / Scheiße : merde Brot : pain / Revier : dispensaire / Schnell : vite / Los : allez / Schonung : soin; ménagement; protection / Achtung : attention / Antreten : débuter / Abort : latrine / Ruhe : repos   /

List of  words taken from Jorge  Semprún’s book Quel beau dimanche.

These words have several meanings, some of which may have changed since the forties. Here is the translation most closely linked in the context of the exhibition.

Arbeit : work / Scheiße : shit / Brot : bread / Revier : clinic / Schnell : fast / Los : go / Schonung : care; protection / Achtung : attention Antreten : start / Abort : latrines / Ruhe : rest

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Vues de l’expostion, articule, Montréal 2012

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Texte de Dirk Nauguschewski concernant l’exposion

(English Below | Deutsch unten) :

Le travail récent de Carl Trahan a comme point de départ la lecture d’un livre du philologue juif allemand Victor Klemperer (1881-1960), qui a survécu à la Shoah dans une maison de Dresde où les derniers juifs de la ville furent contraints d’habiter. Ses observations critiques sur les implications idéologiques du langage ont été publiées après la guerre sous le titre LTI, La langue du Troisième Reich. Il existe peu de témoignage plus impressionnant sur le pouvoir de corruption que l’homme peut exercer sur la langue.

Le sens des mots résulte toujours de leurs contextes. À l’aide de ses dessins et de ses objets, Trahan les en extrait, les isole, les enferme ou les contracte. Leurs significations sont donc neutralisées, refoulées ou réduites à un minimum existentiel; comme par exemple dans une série de termes gravés dans le graphite, que Trahan a empruntés à l’auteur espagnol Jorge Semprún, qui les considérait essentiels afin de baliser la vie au camp de concentration de Buchenwald où il fut emprisonné. En revêtant les mots et les lettres de diverses formes typographiques, Trahan nous montre comment, à travers le temps, ils acquièrent leur histoire propre. Dans une série de dessins, les lettres de mots choisis parmi le vocabulaire national-socialiste et écrits en police Fraktur sont superposées et prennent une qualité abstraite et sculpturale.

Les nationaux-socialistes ont attribué une grande importance à la typographie : si les polices de la famille de caractères Fraktur ont tout d’abord été considérées comme étant « allemandes », à partir de 1941 elles furent abandonnées et des polices plus modernes ont été promues. L’écriture Sütterlin, une version cursive maniérée de la Fraktur, est tombée en disgrâce en même temps et a été remplacée par une autre écriture plus simple. Ces types d’écriture ne sont plus enseignés aujourd’hui. Si on les utilise parfois, c’est pour donner des connotations historiques et traditionnelles – un usage qui n’est pas toujours innocent.

Que veut dire « ewig » (éternel) ? Cette question sous-tend deux œuvres de l’exposition : une enseigne de néon écrite en Sütterlin ainsi qu‘une intervention murale prenant la forme d’une cascade de traductions possibles entre l’allemand et le français. L’écriture et la typographie ne peuvent rien changer à la signification des mots; ils ajoutent pourtant un sens supplémentaire spécifique à tout acte de communication qu’ils rendent visible.

Dirk Naguschewski, chercheur en langues et cultures, ZfL Berlin

Traduit de l’allemand par Carl Trahan et Dirk Naguschewski   /

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Carl Trahan’s recent work draws inspiration from the writings of German-Jewish philologist Victor Klemperer (1881-1960), who survived the Shoah in one of the last ’Jewish houses’ in Dresden. After the Second World War, Klemperer’s critical observations on the ideological underpinnings of language were published as LTI: Lingua Tertii Imperii, or “The Language of the Third Reich”, one of the most compelling accounts on the power of man to corrupt language.

Words acquire meaning through context. By bringing them into drawings and objects, Trahan extracts, isolates, seals or elides them, at times neutralizing or narrowing down their significance to a minimal existential state. In one piece, a list of words that the Spanish author Jorge Semprún considered of the utmost importance to navigate life in the concentration camp at Buchenwald, where he was imprisoned, is carved in graphite. In a series of drawings, Trahan superimposes the letters that compose a selection of words drawn from the National Socialist vocabulary in Fraktur typeface, thereby creating abstract and sculptural forms. By giving words and letters a variety of typefaces, Trahan considers how they acquire a history of their own.

Typography was pivotal to National Socialists’ communication strategy. The Fraktur font was initially considered to be intrinsically “German”, but it was abandoned in 1941 for more modern typefaces; Sütterlin, a cursive and mannered version from the Fraktur family, was disgraced and eventually replaced by a simpler profile. These typefaces are no longer taught today, but whenever they are used, they allude – not always innocently – to notions of history and tradition.

What is the meaning of “ewig” (eternal)? This question begets two works in the exhibition: a neon sign written in Sütterlin and a wall piece that maps out all its possible translations between German and French. Writing and typography cannot alter the meaning of a word, but they can add a layer of meaning to the act of communication they make visible.

Dirk Nauguschewski, Researcher in language and culture, ZfL Berlin

Translated from French by Claudine Hubert   /

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Carl Trahans Ausstellung nimmt ihren Ausgang bei der Lektüre eines Buches, in dem analysiert wird, wie die deutsche Sprache während des Dritten Reiches durch die Nationalsozialisten pervertiert wurde: Der deutsch-jüdische Literaturwissenschaftler Victor Klemperer (1881-1960) überlebte die Shoah in einem Dresdner Haus, in dem die letzten verbli- ebenen Juden der Stadt eingesperrt waren. Seine ideologiekritischen Sprachbeobachtungen wurden nach dem Krieg unter dem Titel LTI (Lingua Tertii Imperii) veröffentlicht. Es gibt wenig eindrücklichere Zeugnisse über den korrumpierenden Einfluss des Menschen auf die Sprache.

Der Sinn der Worte ergibt sich stets aus ihren Zusammenhang. Trahans Zeichnungen und Objekte reißen die Wörter aus ihrem Kontext, isolieren sie, schließen sie ein oder ziehen sie zusammen: Bedeutungen werden neutralisiert, verworfen oder auf ein existenzielles Minimum reduziert, wie anhand einer Gruppe von Wörtern zu sehen ist, an denen sich für den KZ-Häftling Jorge Semprún das Leben im Lager Buchenwald ausrichtete. Wörtern und Buchstaben werden verschiedene typographische Kleider übergeworfen. Trahan führt uns vor, wie Wörter durch die Geschichte hindurchgehen und dabei ihre eigene Geschichte bekommen. In einer Serie von Zeichnungen, auf denen Fraktur-Lettern von NS-Wörtern bis zur Unlesbarkeit übereinander gelagert werden, erhalten sie gar eine abstrakte, skulpturale Qualität.

Die Nationalsozialisten haben der Typographie viel Gewicht beigemessen: Wurde die Frakturschrift zuerst noch als ‚deutsche‘ Schrift betrachtet, wurden nach 1941 moderne Typen propagiert. Dadurch geriet auch die schnörkelreiche Sütterlin-Schrift in Verruf und wurde durch eine einfachere Schreibschrift abgelöst. In der Schule werden diese Schriftarten heute nicht mehr unterrichtet. Wenn sie gelegentlich noch Verwendung finden, dann um Tradition und Geschichte zu konnotieren – nicht immer ist dieser Gebrauch unschuldig.

Was heißt schon ewig? Diese Frage stellt der Neon-Schriftzug in der kaum mehr lesbaren Sütterlin-Schrift ebenso wie die auf die Wand gezeichnete Kaskade von deutsch-französischen Übersetzungsmöglichkeiten des Wortes. An der Bedeutung der Wörter können Schrift und Typographie nichts ändern; sie tragen aber Bedeutung in jedes kommunikative Ereignis, dem sie eine sichtbare Form verleihen.

Dirk Naguschewski, Sprach- und Kulturwissenschaftler, ZfL Berlin 

 

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